La France, va t-elle
rester sur le quai ? Cette affaire de Bitcoin me rappelle lorsque la
France, au milieu des années 90, s’accrochait pour essayer d’imposer son
« Minitel » (payant) dans le Monde et faisait barrage à l’apparition
d’Internet (gratuit) en France. A cette époque, j’étais éditeur sur minitel et
lorsqu’un jour je présentais mon projet au directeur de Belgacom pour ouvrir en
Belgique (pays qui avait choisi Internet), il me dit : « Ah vous
faites du minitel rose ? non, lui répondis-je, mon service est tout ce
qu’il y a de plus sérieux. « Ah oui, m’a t-il répondu alors, vous faites
du « TF1 » (quelle référence !).
A l’époque, l’opérateur public poussait le public vers le minitel car pour se
connecter à internet au milieu des années 90, à part habiter le quartier du
sentier à Paris équipé en fibres optiques, il était très difficile de se
connecter. Tout passait par le réseau du téléphone très lent jusqu’à l’arrivée
au début des années 2000 de l’ADSL. Depuis quatre ans, une monnaie virtuelle a
fait son apparition sur Internet, le Bitcoin et bien qu’elle ait un succès planétaire,
on sent chez nous de très fortes réticences des politiques et des banquiers. La
France pourrait-elle exister aujourd’hui dans le monde coupée d’Internet.
Pourquoi tourne t-elle le dos à Bitcoin ?
Le Bitcoin, c’est
quoi ?
Cette monnaie, pas si virtuelle que ça, intéresse de plus en plus les grands de ce
monde. Le président de la réserve fédérale américaine a décrit le bitcoin comme
étant « prometteur à long terme ». Elle a été créée en 2009 par un développeur
non-identifié, connu sous son pseudo de Satoshi Nakamoto. Cette devise n’est
adossée à aucun État, banque ou entreprise mais fonctionne sur la logique du
peer-to-peer. Sa valeur est déterminée de façon entièrement flottante par
l’usage qui en est fait et par le marché des changes. Les achats et ventes de
cette monnaie se font par les membres du réseau abonnés à Bitcoin. Ainsi,
toutes les 10 minutes, le système choisit un ordinateur de manière aléatoire (cela
peut être le vôtre si vous avez adhéré) qui est chargé de vendre les bitcoins. Les
bitcoins sont diffusés petit à petit et atteindront un plafond de vingt-et-un
millions d’unités en 2033. On compte aujourd'hui plus de 100 000 utilisateurs à
travers le monde. Bitcoin est à la fois une devise monétaire et un système de
paiement dans cette même devise. En 2011, avec 10 000 bitcoins, vous
pouviez acheter deux pizzas, aujourd’hui, avec cette quantité, vous avez à votre disposition une petite
fortune de près de 10 millions de dollars.
Pourquoi le Bitcoin
fait peur aux banques ?
Le Bitcoin est une monnaie numérique, mais en même temps un système
de paiement. Bitcoin ne requiert pas l'utilisation d'une infrastructure
centralisée pour tenir les comptes et assurer les transactions, ce rôle étant
attribué toutes les dix minutes à un nouvel ordinateur du réseau choisi
aléatoirement. Le traitement des transactions et la création des Bitcoins sont
prises en charge collectivement par le réseau. Son fonctionnement est public,
personne ne le possède ni ne le contrôle et son réseau est ouvert à tous.
Bitcoin est la première des crypto-monnaies, une monnaie "virtuelle"
et dématérialisée mais qui peut être échangée contre des monnaies
"réelles" comme le dollar ou l'euro. Les banques et les états ont
commençé à être inquiets quand ils ont vu la valeur du bitcoin augmenter de
près de 1 000 % dans l’année 2013.
Que disent les
réfractaires
Bitcoin a une réputation sulfureuse, sa volatilité tout
d’abord. Le Bitcoin est en effet une monnaie extrêmement volatile, et spéculer
sur cette monnaie est une entreprise risquée. Cette volatilité est surtout due
aux attaques des banques centrales chinoise, française et indienne
(Moins 35% lors de ces annonces). La banque centrale de Finlande a tranché à
son tour concernant le Bitcoin : selon elle, la monnaie numérique ne correspond
pas à une monnaie, mais à une marchandise. De son côté, le Canada ne lui
connait également aucun cours légal. Pourtant ce pays est celui où l’on trouve
le plus de distributeur de Bitcoin et d’ores et déjà une centaine d'entreprises
canadiennes l’acceptent actuellement comme moyen de paiement. Mais on comprend la
réticence du Canada quand on sait que la banque centrale canadienne travaille
depuis plusieurs années, elle aussi, à la création d’une monnaie numérique
concurrente, le Mintchip, basée sur le dollar canadien. Le MintChip, concurrencé
par le Bitcoin est une technologie de paiement développée par la Monnaie royale
canadienne qui permettra d'effectuer des micro-transactions sans intermédiaire
avec un téléphone mobile, sur le Web ou avec une carte en plastique.
Le deuxième reproche fait au Bitcoin est que les
transactions peuvent facilement être rendues anonymes. De là à dire qu’elle sert
pour un tas de blanchiments d'argent et de transactions douteuses ou illégales
(Tout le monde sait que cela n’existe pas dans le système bancaire actuel). Ce
qu’oublient les détracteurs, c’est que lorsque vous achetez un bitcoin, vous
pouvez remonter de transaction en transaction jusqu’à l’origine. Ce n’est pas
le cas dans le système bancaire normal, dans lequel rien ne prouve qu’à
l’origine le virement reçu sur votre compte, n’a pas fait l‘objet d’une
transaction louche auparavant.
Le troisième reproche est son stockage : Les Bitcoins sont
stockés soit sur votre ordinateur personnel, soit au travers d'un portefeuille
électronique en ligne. Si vous stockez vos Bitcoins sur votre propre
ordinateur, il est de votre devoir de le sécuriser comme vous le faites pour
votre portefeuille ou vos bijoux chez vous. Le Bitcoin vous incite à être
responsable, vous ne pourrez pas vous retourner contre un organisme en cas de
perte. Si vous préférez l’assistanat, mettez tout votre argent à la banque. Si
vous utilisez les services d'un portefeuille en ligne, il faut bien vous renseigner
sur l'entreprise : leur infrastructure
est-elle suffisamment sécurisée ? Quelles garanties offrent-ils ? Sont-ils
réactifs ? Peut-on leur faire confiance ?
Les avantages
Le système révolutionnaire du Bitcoin a plusieurs avantages,
principalement dus à l'absence d'infrastructure centralisée. Les transactions
en Bitcoins peuvent se faire partout sur la planète, sans frais et sans délais.
Si vous prenez vos précautions, les transactions sont aussi complètement
anonymes. Le système Bitcoin étant complètement à part du système bancaire et
monétaire "classique", votre compte ou vos transactions ne peuvent
pas être bloqués. Concrètement, grâce au Bitcoin, vous pouvez envoyer de
l'argent au bout du monde, anonymement, dans la seconde, sans frais, et tout cela
depuis chez vous. Le bitcoin est facilement monnayable dans n’importe quelle
monnaie.
Tous les pays ne sont pas opposés au Bitcoin, loin de là.
Prés de chez nous, outre-Rhin, les autorités allemandes ont choisi de
considérer le bitcoin comme une unité de compte légale, privée, mais
parfaitement utilisable.
La France est très
réticente
Va-t-on prendre le train du bitcoin déjà en marche ? La
Banque de France voit le bitcoin d'un mauvais œil. Dans une note publiée le 5
décembre dernier, elle met en garde contre "les dangers liés au
développement des monnaies virtuelles". Le bitcoin échappant totalement à
sa supervision, Il n'est pas étonnant que l'institution s'inquiète de ces
nouvelles valeurs d'échanges qui commencent à être acceptées par des
commerçants. La banque considère le Bitcoin comme une monnaie, ce qui pour
elle, implique que les plates-formes servant ces opérations devraient obtenir
un agrément de prestataire. Mais le principal reproche que fait l’institution
est que les concepteurs ont organisé la pénurie de cette monnaie virtuelle et
lui ont ainsi conféré son caractère hautement spéculatif. La Banque de France
oublie qu’imposer de nouvelles règles devrait relever de Bruxelles et de la BCE,
s’ils souhaitent le faire. La France aura du mal à imposer ses vues dans le
concert mondial.
Le 15 janvier dernier, la commission des Finances du Sénat a
abordé le sujet. Le Bitcoin est jugé par une majorité de sénateurs comme une
fausse monnaie pour laquelle il n'existe pas de système de garantie. Le Sénat
souhaite que l’Europe régule les monnaies électroniques. Les USA, le Japon,
l’Allemagne (le bitcoin dispose d’un statut légal chez nos voisins allemands)
et de nombreux états d’Europe du nord ont montré qu’ils sont favorables. Si la
France ne montre pas une position innovante dans ces domaines du paiement et du
commerce électronique, elle risque se retrouver à la traine. L’entrepreneur
bitcoin se déclare prêt à monter une association européenne pour promouvoir le
bitcoin tout comme la Fondation Bitcoin le fait aux Etats-Unis.
A l'évidence, nos braves sénateurs sont profondément
attardés au plan technologique et leurs tentatives maladroites pour essayer de
prendre le contrôle d'une cyber-réalité dont le concept même leur échappe
totalement est à la fois pathétique et symptomatique des causes du rapide déclin
économique de la France. Avant de contrôler quoi que ce soit, il faudrait
qu’ils en comprennent le sujet.
Au lieu de se
concentrer sur les soit-disant menaces (Le système bancaire ne blanchit-il pas
encore l’argent sale de nos jours) des monnaies numériques tels que Bitcoin,
les sénateurs devraient se pencher sur leurs potentiels. Le Bitcoin apporte des
solutions pratiques, un nouveau mode de paiement et de transferts de capitaux,
dépourvu des frictions et des coûts imposés par le système bancaire traditionnel.
Les devises numériques permettent de transférer de l'argent pour un coût très
modique. La combinaison de smartphones omniprésents connectés à Internet et de
la monnaie numérique représente une opportunité extraordinaire pour élargir
l'accès aux services financiers à l'échelle mondiale.
Tant qu’ils y sont, les sénateurs n’ont qu’à obliger que tout envoi de mail, de SMS ou de tweet passe par la Poste et que toute connection Internet en France soit contrôlée et passe par un seul opérateur, qui pourrait être, par exemple ...France Télécom. Les sénateurs, rappelez-vous, avaient les mêmes inquiétudes à propos d’internet. Les devises numériques décentralisées pourraient se révéler être aussi une véritable technologie révolutionnaire, comme l’a été le courriel, c’est ce que pensent les sénateurs.... américains.
Vous faites ce que
vous voulez
Le bitcoin est un protocole, comme le sont le HTTP (le
protocole internet que vous utilisez tous les jours) ou le SMTP (un des protocoles
derrière les e-mails). Ainsi, le bitcoin est un langage, un moyen de
communication entre ordinateurs, mais pour transférer des fonds sans
intermédiaire. Grâce à ce moyen de communication, on peut échanger de l'argent
entre deux points du globe sans coût. C'est déjà pas mal. Déjà le bitcoin est
une expérience réussie ! Quoiqu’il arrive au projet dans les prochains mois,
dans les prochaines années, cette monnaie non gérée par un Etat sert à faire
des échanges dans le monde, sans aucune intervention. C'est aussi le retour des
monnaies hors systèmes bancaires, comme au temps des métaux précieux et cela peut-être
également une concurrence entre les monnaies.
Attention, il n'y aura aucun gouvernement, ni aucune banque
centrale pour vous sauver si tout le système s'écroule. Mais, bon vous y croyez vous à la garantie bancaire de 100 000 euros ?
Certains états ont décrit le Bitcoin comme une marchandise
et non comme une monnaie, peut-on interdire aux gens d’acheter une marchandise,
non bien sûr. Et la France, me direz-vous, peut-elle faire bande à part et
interdire cette monnaie ? Bien sûr que non puisqu’elle est convertible en
euros et en dollars.
Enfin, personne ne vous oblige à utiliser le Bitcoin, cette
monnaie limitée à 21 milliards d’unités, n’est pas destinée à remplacer les
monnaies nationales.
Pour ma part, j’utilise
pour l’instant le site Virtapay qui offre gracieusement
à ceux qui s’inscrivent tous les jours 20 $ qui seront transformés en Bitcoins.
Encadré :
le Blocktrain ou chaine de blocsL'existence d'un blockchain, vue comme un livre de compte, existe dans les systèmes bancaires centralisés. Quand on fait un transfert de 100 euros depuis son compte A vers celui de B, le relevé de compte de la banque de A montre -100 et celui de B, +100.
Dans le cas de
transfert de Bitcoin, l'information contenue dans la blockchain Bitcoin
contient beaucoup plus d'informations.
En effet, quand A fait un transfert de 1 Bitcoin depuis une de ses adresses
vers une des adresses de B, A doit prouver d'où vient ce Bitcoin. Et ainsi, il
transmet une information du type, "je transfère 1 Bitcoin vers l'adresse
de A et ce Bitcoin est celui que j'ai obtenu quand C me l'a envoyé il y a deux
jours". Et comme tous les utilisateurs possèdent la même copie de la
blockchain, tout le monde peut vérifier que C a effectivement envoyé 1 Bitcoin
à A et que ce Bitcoin n'a pas déjà été envoyé par A. Plus loin, on peut aussi
vérifier comment C a lui-même obtenu ce Bitcoin et ainsi remonter la chaîne de
ses propriétaires successifs. Autrement dit, on peut reconstruire toute
l'histoire de chaque Bitcoin depuis sa création.
Imaginons que je veuille emprunter des Bitcoins
J'ai besoin d'un prêt,
disons de 10 Bitcoins. Je suis prêt à payer un taux d'intérêt de 10% dans deux
ans et à donner 1 Bitcoin en garantie (et ce Bitcoin, comme nous allons le voir,
peut représenter bien autre chose que seulement un Bitcoin). Alors, je vais
faire la chose suivante : je créé une adresse et y transfère un Bitcoin
(appelons ce Bitcoin b). Ensuite, je mets en vente b contre 10 Bitcoins et
annonce publiquement que l'adresse sur laquelle b sera présent dans deux ans
recevra 10 Bitcoins en remboursement de ma part. Tout le monde peut acheter b
contre 10 Bitcoins. Si c'est le cas, j'aurai mon prêt contre mon collatéral.
L'acheteur, lui, aura b en garantie mais également la promesse de se faire
rembourser les 10 Bitcoins prêtés. Mais ce premier possesseur peut également
vendre b!
Comme on l'a expliqué
plus haut, on pourra tracer toute l'histoire de b et dans deux ans, rembourser
son dernier propriétaire. Ainsi, b n'est plus vraiment un Bitcoin, c'est plutôt
une reconnaissance de dette, qui peut s'acheter et se vendre. Bien sûr, si on
considère que mes chances de rembourser les 10 Bitcoins sont grandes, la valeur
d'échange de b sera certainement plus proche de 11 Bitcoins que de sa valeur
faciale (1 Bitcoin). Ainsi, le Bitcoin que j'ai transformé en reconnaissance de
dette n'est plus seulement un Bitcoin (il le redeviendra après mon
remboursement) et n'en a pas la valeur non plus. J'ai juste, en émettant un
dette sur le réseau Bitcoin, profité de tous les avantages de la blockchain
(sécurité, décentralisation, rapidité, facilité d'utilisation...)
Mon exemple peut-être
généralisé. Je pourrais me servir de Bitcoin pour émettre des actions, des obligations,
des titres de propriété, des coupons de fidélité, des services d'abonnement,
etc...
Encadré :
Soyez branchés Bitcoin
·
Adresse
bitcoin : elle représente le compte sur lequel toutes les transactions d’un
utilisateur du réseau bitcoin sont centralisées et mémorisées.
·
Bitcoin :
monnaie électronique décentralisée. Elle se décline en centiBitcoin,
milliBitcoin, microBitcoin, etc.
·
Bloc de
transactions : élément dans lequel est incorporée chaque nouvelle transaction
en attente de recevoir la signature cryptographique pour sa validation. Un
nouveau bloc s’ajoute à la chaîne de bloc par tranche de 10 minutes via le
minage.
·
BTC : code
ISO (norme internationale) non officiel pour le bitcoin.
·
Chaîne de
blocs : journal chronologique et public de toutes les transactions en bitcoins.
Elle est utilisée pour vérifier le solde des adresses bitcoin et éviter la
double-dépense.
·
Clef
publique : elle permet à l’expéditeur de coder un message que seul le
destinataire pourra décoder grâce à sa clé privée.
·
Confirmation
: une transaction vérifiée offre un niveau de sécurité suffisant et reçoit
alors sa confirmation. Ainsi elle ne peut plus être renversée.
·
Cryptographie
asymétrique : système de codage fonctionnant avec une clé publique qui code un
message et une clé privée donc secrète qui le décode. Ainsi, l’expéditeur
envoie un message codé que seul le destinataire peut décoder. Ce système assure
un haut niveau de sécurité aux transactions en bitcoins.
·
Double
dépense : la chaîne de bloc et le minage permettent d’empêcher un double
paiement ou double dépense dû aux latences de communication, par un tirage au
sort donnant la priorité d’un paiement sur un autre.
·
Minage :
c’est la clé de voûte de la sécurité du système bitcoin. Des milliers de
calculs contrôlent toutes les transactions par bloc. Pour chaque bloc terminé,
celui qui le termine appelé mineur est rémunéré en bitcoins. Plus les mineurs
sont nombreux, plus la sécurité est optimale.
·
Mode
nominal : communication en direct et en continu de toutes les transactions à
toutes les adresses du réseau bitcoin.
·
Preuve de
travail : traitement cryptographique validant une transaction. La durée de ce
traitement est en moyenne de 10 minutes.
·
Pool :
pour augmenter leur capacité de résolution des blocs, plusieurs utilisateurs,
par l’intermédiaire d’un serveur, mettent en commun la puissance de calcul de
leurs ordinateurs respectifs et constituent un pool
·
Satoshi :
pseudo du créateur du système bitcoin (Satoshi Nakamoto) et plus petite unité
de cette monnaie virtuelle. 1 Satoshi = 0,00000001 BTC ou inversement 1 BTC =
100 000 000 Satoshi.
·
Taux de
Hash : c’est l’unité de mesure de la puissance de calcul utilisée par le réseau
bitcoin.
·
Transaction
: envoi d’une certaine somme de bitcoins d’une adresse vers une autre. Chaque
transaction n’est prise en compte par le système qu’au bout de 10 minutes.


